Publié le 12/02/2026 par Vitijob
Et si l’amour se racontait aussi à travers un whisky ?
À Soligny-les-Étangs (10), Véronique et Vincent Godier ont choisi de valoriser les céréales de leur exploitation en créant leur propre distillerie. De la parcelle au chai, ils portent ensemble un projet exigeant : capter l’âme de leur terroir pour la révéler dans un single malt français. À l’occasion de la Saint-Valentin, ils nous ouvrent les portes de leur aventure à deux.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Vincent et moi nous sommes rencontrés en 1988 lors de nos études d’ingénieurs agronomes à AgroParisTech (alors dénommé Institut National Agronomique de Paris-Grignon). Vincent est originaire d’un village à côté de Nogent sur Seine dans l’Aube : sa famille y mène une activité agricole depuis plus de 500 ans. A la fin de nos études, nous nous sommes orientés, l’un et l’autre, vers des métiers qui nous ont permis de travailler à l’étranger dans d’autres secteurs d’activité mais toujours avec l’idée que l’exploitation agricole familiale nous attendait en Champagne dans le nord-ouest aubois.
Travailler ensemble c’était une évidence ou un pari un peu fou au départ ?
Après avoir mené nos carrières séparément et au moment de reprendre l’exploitation agricole familiale, nous avons décidé que le moment était venu de joindre nos expériences pour mener un projet commun. C’était un choix muri de longue date et que nous considérions comme une étape logique dans notre parcours. Reprendre une exploitation agricole nécessite de s’en rapprocher géographiquement et de suivre le rythme des travaux agricoles ce qui a des implications pour chaque conjoint. En faire un projet commun a rendu tous les choix nécessaires à la mise en œuvre plus évidents.
Comment vous répartissez-vous les rôles ?
A la distillerie, la production et la gestion du chai sont également conduites par Vincent. Je m’occupe de la gestion et de l’administratif. Pour le développement et la commercialisation, nous travaillons de concert. La répartition des tâches se fait assez naturellement et peut évoluer : l’équilibre étant d’exploiter au mieux les complémentarités tout en maintenant une connaissance partagée afin de pouvoir se seconder ou se remplacer en cas de besoin.
Quel est votre plus grand défi quand on est à la fois en couple et associés ?
Il y a beaucoup de défis car ce type de projet entrepreneurial capte rapidement tout le temps et l’énergie de chacun. Le défi majeur est sans doute de ne pas laisser le projet professionnel commun prendre toute la place dans la relation de couple. Il faut avoir d’autres projets personnels ensemble. Nous avons la chance d’avoir quatre grands enfants avec qui nous passons du temps le plus souvent possible.
Qu’est ce qui vous passionne le plus dans votre métier aujourd’hui ?
Notre moteur, depuis l’origine du projet, c’est le développement du produit. L’idée initiale était de transformer une partie de la production céréalière de l’exploitation agricole pour pouvoir proposer des produits à des consommateurs finaux. L’envie est là : innover puis partager, dans une quête d’excellence et de singularité.
En quoi votre amour du terroir vous rapproche encore plus ?
Le terroir, c’est un espace (géographique) et un cycle temporel (saisonnier). Se passionner pour la mise en valeur d’un terroir, c’est nécessairement y être souvent et en suivre le rythme. Nous échangeons donc beaucoup sur les améliorations possibles, les difficultés du terrain, les actions à entreprendre, l’organisation au quotidien.
Quel conseil donneriez-vous aux couples qui veulent entreprendre ensemble ?
Il faut deux choses complémentaires :
Avoir eu une expérience professionnelle avant de se lancer en couple pour avoir acquis des compétences et l’expérience du travail d’équipe absolument nécessaire pour structurer la relation professionnelle.
Avoir expérimenté ensemble des projets peut-être plus personnels (voyages, projets bénévoles…) qui mettent à l’épreuve la capacité du couple à bien réagir face aux difficultés et qui testent sa résilience.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fiers aujourd’hui ?
Le produit : un whisky single malt français distillé sur le grain. Réussir à capter l’âme du terroir nichée dans la céréale.
Votre façon de décompresser après une grosse journée ?
Cuisiner des produits locaux en les alliant avec des saveurs venues d’ailleurs. L’idée du voyage n’est jamais loin.